Céline BERCION - Dr en Psychologie sociale
Initiatrice des grandes traversées de vie
Sexothérapeute 
Naturopathe spécialisée en hormonologie féminine et masculine

Psychologie, coaching et sexothérapie

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Céline BERCION - Dr en Psychologie sociale
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La lâcheté ou l'art de ne pas respecter l'autre


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De la fuite silencieuse à la puissance d’un lien vrai, ou comment réapprendre à respecter l’autre, en s’honorant soi-même

La lâcheté. Voilà un mot qui pique. Un mot que personne ne veut porter. Trop honteux, trop accusateur. Pourtant, elle est partout. Sourde. Invisible. Ordinaire. Elle s’infiltre dans les silences prolongés, les excuses qui ne viennent pas, les rendez-vous manqués sans nouvelles, les relations qui disparaissent du jour au lendemain.

Elle fait mal à celui qui la subit. Et souvent, elle ronge aussi celui qui en est l’auteur.

Dans mon cabinet, je vois chaque jour les ravages de ce que j’appelle la fuite - réelle ou symbolique dans la relation - sans explication. Cette manière de ne pas dire. De ne pas affronter. De ne pas honorer le lien. Cela peut paraître banal — un sms qu’on n’envoie pas, une discussion qu’on évite, une rupture qu’on laisse flotter. Et pourtant, c’est parfois la blessure la plus vive, celle qui empêche de tourner la page, de comprendre, de guérir.

Alors aujourd’hui, je vous propose cet article sur cette ombre redoutablement toxique dans n'importe quelle relation. De la lâcheté comme incapacité à respecter l’autre. Parce oui, il y a dans cette ombre des trésors d’enseignements, des clés de guérison, des passages vers une puissance relationnelle insoupçonnée. Il est donc logique de parler du côté lumineux de la lâcheté : le courage. 

La lâcheté : fuite banale ou fracture du lien ?

On pense souvent que la lâcheté est un défaut de caractère. Un manque de courage. Une faiblesse. Mais en réalité, elle est le symptôme d’un effondrement intérieur, d’une peur d’être vu, jugé, rejeté, abandonné. Elle est une tentative (souvent désespérée) de préserver une image de soi intacte ou de fuir la honte à tout prix.

Prenons un exemple courant : un patient me raconte que sa compagne a disparu du jour au lendemain, sans un mot. Silence radio. Plus de messages. Il ne comprend pas. Il revit cette scène des dizaines de fois, tente de deviner, de reconstruire. Il ne sait pas s’il doit espérer, se fâcher ou tourner la page. Il est dans le vide relationnel absolu, et ce vide est plus douloureux que la rupture elle-même.

Ce type de situation s’est banalisé. Les outils numériques (sms, messageries, réseaux sociaux) ont facilité les ruptures sans confrontation. Comme le dit Marie Andersen (2015), « nous vivons dans une société où le lien est de plus en plus jetable et où la disparition devient une stratégie relationnelle ».

 

Mais lâcheté ne se résume pas à une scène spectaculaire. La lâcheté (et donc la fuite) peut également être un mode de vie (et du coup une souffrance sourde pour celui qui en est l'auteur). 

Elle prend souvent des formes microscopiques mais répétées dans la relation :

  • On reporte un appel.

  • On n’ose pas rappeler quelqu’un qu’on a blessé.

  • On annule un rendez-vous sans prévenir.

  • On laisse une relation en suspens.

  • On évite les discussions "compliquées".

  • Etc. 

Prenons l'exemple de Marc, un homme dans la trentaine, bien ancré dans sa vie professionnelle et personnelle. Depuis quelques mois, il est en couple avec Élodie, une femme qu’il aime sincèrement. Mais il y a un problème : il n’arrive pas à dire non à ses amis, même quand cela empiète sur son temps avec Élodie.

Chaque week-end, Marc retrouve ses potes pour des soirées, des matchs de foot, des sorties imprévues. Élodie, de son côté, lui demande de passer du temps avec elle, de planifier des moments à deux. Mais à chaque fois, Marc préfère céder aux demandes de ses amis, par peur de les décevoir, de ne pas être à la hauteur de l'image de "copain idéal" qu’il s’est créé dans leur groupe.

Au début, cela semble anodin. Il annule un dîner avec Élodie pour aller voir un match avec les gars, puis une autre sortie. Petit à petit, Élodie commence à se sentir ignorée, délaissée, comme si leur relation n’était pas prioritaire pour Marc. Elle exprime sa frustration, mais lui, gêné, ne parvient toujours pas à poser des limites. La peur de blesser ses amis, de leur faire comprendre qu'il ne peut pas être présent tout le temps, devient plus forte que son désir de maintenir une relation de qualité avec Élodie.

Marc se retrouve alors pris dans un cercle vicieux. À chaque fois qu’il cède, un peu plus de colère s’installe dans son couple, et lui, dans sa fuite, ne fait que renforcer son sentiment de lâcheté. Il ne veut pas affronter la situation, car il sait qu’il devra choisir, et choisir implique de prendre position, d’affronter la désapprobation de ses amis ou de risquer un conflit. Mais à ne rien faire, il perd petit à petit ce qui compte le plus pour lui.

Le paradoxe ici, c’est que son incapacité à dire non à ses amis devient une forme de fuite émotionnelle : une façon de ne pas être confronté à des émotions douloureuses, mais aussi de ne pas reconnaître que son manque de présence nuit à ce qu'il souhaite le plus : une relation amoureuse épanouie.

Cet exemple illustre comment la lâcheté, dans ses formes plus quotidiennes, se cache derrière des décisions qui semblent inoffensives, mais qui, à long terme, minent les relations profondes. Il ne s’agit pas seulement de ne pas vouloir décevoir, mais surtout de ne pas oser affronter les conséquences de ses choix. Et, au final, ce sont les liens les plus précieux qui en souffre. Ce type de comportement n’est pas anodin. Il désorganise le lien, crée une insécurité affective, laisse l’autre face à un non-sens. Comme si le confort personnel l’emportait sur la responsabilité relationnelle.

Ce que cache la lâcheté : blessures, peurs et mémoire du passé

La lâcheté est souvent perçue comme un défaut moral, une faiblesse de caractère. Cependant, à un niveau plus profond, elle n’est pas simplement un échec à faire face à la réalité ; elle est le symptôme d’une peur primordiale, souvent inconsciente, qui prend racine dans les blessures passées, qu'elles soient individuelles ou transgénérationnelles. Comprendre ce que cache la lâcheté, c’est remonter à la source des peurs qui l’alimentent et qui, au lieu de protéger, nous emprisonnent dans un cercle vicieux d’évitement.

Autrement dit, la lâcheté n’est pas un choix rationnel. Elle est le fruit de peurs profondes :

  • Peur du conflit.

  • Peur de ne pas être à la hauteur.

  • Peur de perdre la face.

  • Peur d’être mal aimé.

Comme l’explique Boris Cyrulnik (2001), nous avons tous construit des stratégies de survie face à des expériences précoces douloureuses. Certains ont appris à attaquer, d’autres à se taire. Et d’autres encore à disparaître.

Serge Tisseron (2005) rappelle que l’évitement est souvent une protection contre la honte. On préfère se taire plutôt que de risquer le rejet. On fuit plutôt que d’être confronté au regard de l’autre.

Mais ce que ces personnes ignorent souvent, c’est qu’en fuyant, elles blessent autant qu’elles se protègent. Et parfois, bien plus.

La peur du rejet : L’empreinte de l’enfance

Les racines de la lâcheté résident souvent dans les premières expériences de vie. L’enfant est un être profondément dépendant des autres pour sa survie émotionnelle. Le regard des parents, et notamment la façon dont ils répondent à ses besoins affectifs, joue un rôle crucial dans le développement de son estime de soi. Lorsqu’un enfant grandit dans un environnement où l’affection est conditionnée, où les besoins affectifs sont négligés ou ignorés, il apprend à ne pas déranger, à ne pas être un fardeau, par peur d’être rejeté ou abandonné.

Prenons l'exemple de Sophie, une cliente que j’ai accompagnée. Sophie a grandi dans une famille où son père était toujours absent émotionnellement et sa mère exigeait une perfection constante. Dès son plus jeune âge, Sophie a appris à éviter les conflits à tout prix, à répondre à toutes les attentes, même au détriment de ses propres besoins. Elle se retrouvait souvent dans des relations où elle se mettait toujours en second plan, incapable de dire non ou de poser des limites. Elle avait peur d’être rejetée, de ne pas être aimée si elle montrait ses désaccords. Ce mécanisme de fuite émotionnelle, au lieu de la protéger, la maintenait dans une position de soumission constante, emprisonnant ses désirs et son identité.

Cela fait écho aux travaux de Boris Cyrulnik (2001), qui parle de la manière dont les traumatismes infantiles non résolus influencent l’adulte. Selon lui, lorsqu'un enfant n’est pas "vu" de manière bienveillante, il développe des stratégies d’évitement et de dissimulation pour ne pas être rejeté, souvent au détriment de son authenticité.

La peur de l’échec : Une pression sociale et familiale

Outre la peur du rejet, la lâcheté trouve souvent sa source dans la peur de l’échec. Cette peur est alimentée par des attentes sociales et familiales : réussir, être performant, être à la hauteur des exigences. La société valorise les individus qui réussissent sans faillir, ceux qui n’ont pas de failles visibles. Et, dans cet environnement, l’échec est vécu comme une honte insupportable. La personne qui se sent incapable de réussir, de prendre des risques, devient prisonnière de ses propres jugements.

Antoine, par exemple, est un jeune entrepreneur. Au début de son projet, il a eu peur de prendre des décisions importantes et d’assumer des responsabilités par crainte de l’échec. Dans son enfance, ses parents lui avaient toujours dit que l’échec n’était pas une option. Son père, très exigeant, lui disait souvent : "Si tu échoues, tu n’es rien." Cette pression est restée ancrée en lui. Au lieu de prendre des risques pour faire avancer son entreprise, il a préféré se replier sur lui-même et procrastiner. Il avait l’impression que chaque décision, chaque pas en avant, était un pari risqué qui pouvait le faire échouer publiquement. Cette peur paralysante l’a empêché d’agir et l’a conduit à l’inaction.

Cette peur est également liée au cercle vicieux de la honte, un concept développé par Brene Brown (2010). Selon elle, la honte, alimentée par la peur de l’échec, empêche les individus de prendre des risques. Ils préfèrent souvent se protéger de l’humiliation en évitant tout engagement qui pourrait les exposer à l’échec. Mais, comme le montre l’expérience d’Antoine, cette stratégie de fuite entraîne encore plus de souffrance, car elle laisse la personne coincée dans la même situation de frustration.

Les blessures transgénérationnelles : Quand la lâcheté est héritée

Un aspect souvent méconnu de la lâcheté est son lien avec les blessures transgénérationnelles. L’histoire familiale, les non-dits, les traumatismes collectifs traversent les générations et peuvent se manifester sous la forme d’un comportement d’évitement. Si un parent ou un ancêtre a vécu une expérience marquante de fuite ou de rejet, il est possible que ce comportement ait été intériorisé, modelant ainsi la manière de réagir de la personne face à la peur.

Prenons l'exemple de Luc, un homme de 40 ans qui se retrouvait systématiquement dans des situations de fuite face aux conflits. Il s’évitait tout engagement émotionnel important et préférait fuir les discussions difficiles avec son partenaire. Après avoir exploré son histoire familiale, il a découvert que son grand-père, ayant vécu une guerre traumatisante, avait pris l’habitude de se retirer dans le silence, refusant de parler de ses émotions ou de ses souffrances. Ce mécanisme de fuite s’était transmis, sous forme de comportement d’évitement, jusqu'à Luc, qui n’avait même pas conscience que ses réactions étaient le reflet de traumatismes familiaux non résolus.

Cela rejoint l’idée exprimée par Jung dans ses travaux sur l'inconscient collectif. Selon lui, les expériences traumatiques non traitées peuvent se transmettre à travers les générations, influençant les comportements, souvent sans que les individus en aient conscience.

La lâcheté, un mal-être à guérir

La lâcheté, bien que perçue comme une faiblesse, est en réalité un symptôme d’un mal-être plus profond. Elle est la manifestation de peurs et de blessures enfouies, qui se cachent derrière des comportements d’évitement. Ceux qui fuient la confrontation, l’engagement ou la prise de risque ne sont pas nécessairement des personnes faibles ou indignes. Ils sont simplement des âmes blessées qui ont appris à se protéger de manière inconsciente.

La clé pour guérir cette ombre réside dans l’intégration consciente de ces peurs. Plutôt que de les fuir, il est essentiel de les affronter, de les comprendre, et de les transformer en outils de libération. Cela peut passer par un travail thérapeutique en profondeur, où l’on explore les racines des peurs, ou par des pratiques d’introspection et de développement personnel.

La violence douce de la non-relation : quand l'absence de mots ou le déni devient maltraitance

Être ignoré après une intimité partagée. Être oublié après une promesse. Cela n’est pas neutre. C’est une violence symbolique.

Paul Watzlawick (1988) l’avait bien compris : ne pas communiquer est encore une forme de communication. Le silence est un message, souvent interprété comme une négation de l’existence de l’autre.

Christophe André (2019) évoque cette souffrance si particulière : celle d’être effacé, sans raison apparente. Il en parle comme d’un choc narcissique profond : si l’autre ne me dit rien, c’est que je ne vaux rien.

Et c’est ce que vivent de nombreuses personnes abandonnées sans explication : un effondrement de leur estime d’elles-mêmes, un trouble identitaire. “Pourquoi moi ?”, “Qu’est-ce que j’ai fait de mal ?”, “Je ne mérite même pas une parole ?”

En fait, la lâcheté n’est pas toujours évidente à identifier dans les interactions quotidiennes. Parfois, elle prend une forme insidieuse, discrète, presque invisible : le silence. L'absence de réponse, de retour, de communication. C'est une violence subtile, mais profondément destructrice. C'est l'absence d'engagement relationnel, qui laisse l'autre dans l'incertitude, dans un vide émotionnel difficile à combler. Cette violence est tout aussi pernicieuse que la violence physique, car elle touche l'identité de l'autre, le respect qu'il mérite en tant qu'individu.

Le silence, en tant qu’outil de non-communication, est une forme de violence psychologique que beaucoup de personnes subissent sans toujours en mesurer l’impact. Si l’on pense souvent à des violences évidentes (physiques, verbales), il est plus difficile de reconnaître l'impact profond que peut avoir l'absence de communication. Pourtant, ces silences, ces absences de réponse, ces “disparitions” sont d'une violence inouïe.

Le silence relationnel : une coupure brutale et injuste

Le silence n’est pas neutre. Il n’est pas un simple état d’inactivité ou d’indifférence. Il est une forme de rejet, d’indifférence manifeste, et il génère une douleur plus sourde et plus durable que les mots de haine ou de déni.

Prenons l’exemple de Julie. Depuis plusieurs mois, elle entretient une relation amoureuse avec Marc, un homme qu’elle apprécie beaucoup. Leur relation est fluide, mais un jour, après un petit malentendu, Marc cesse de répondre à ses messages. Il ne décroche plus au téléphone, il répond par monosyllabes, puis arrête carrément de lui répondre. Julie n’a aucune explication. Elle tente d'en parler, mais tout semble se perdre dans le vide. Son esprit se met à tourner en boucle : "Ai-je dit quelque chose de mal ? Est-ce moi qui ai fait une erreur ?"

Marc ne l'a pas “quittée” explicitement. Il n'a pas dit qu'il n'était plus intéressé. Mais son absence et son silence sont bien plus dévastateurs qu'une rupture nette. Julie est laissée dans l’incertitude totale. Son identité se trouve alors attaquée, car la relation, et par extension elle-même, semble soudainement dévalorisée.

Le silence est une coupure narrative : il empêche de comprendre ce qui se passe, d’interpréter les signaux. Comme le souligne Paul Watzlawick (1988), "la réalité d'une personne est largement définie par la manière dont elle reçoit et interprète les signaux de son environnement". Lorsque ces signaux sont manquants ou ambiguës, la réalité de l'autre devient floue, et le doute s'installe.

Le mal-être du rejet sans mots

Ce type de non-relation, où l'autre se retire sans explication, laisse la personne dans un vide émotionnel absolu. Il n'y a rien à quoi se raccrocher. Le rejet est invisible, mais il est vécu comme une véritable déchirure. Julie se retrouve ainsi seule avec ses interrogations, se demandant ce qu'elle a bien pu faire pour mériter un tel comportement. Elle essaie de reconstruire un sens, d'ajouter des pièces au puzzle. Mais plus elle cherche, plus elle se perd.

Le vide laissé par l'absence d'explication crée de la souffrance. La souffrance d'être ignorée, d'être niée dans son existence, d’être réduite à un état de non-événement. C’est un sentiment de non-considération totale. Comme l’écrit Christophe André (2019), "le manque d'affirmation de l’autre dans sa réalité subjective est une source profonde de souffrance psychologique".

 

Autre exemple ...

La violence douce du non-choix : quand ne pas dire non, c’est trahir le lien

On croit souvent que la violence ne se manifeste que dans le cri, dans l’agression directe, dans l’abandon brutal. Mais il existe une autre forme de blessure, plus discrète, plus socialement acceptable et pourtant tout aussi douloureuse : celle du non-positionnement, celle du silence là où il faudrait du courage, celle du refus de choisir vraiment.

Cette forme de lâcheté ne crie pas, elle chuchote. Elle ne frappe pas, elle s’efface. Elle ne dit pas "je ne t’aime plus", elle ne dit rien. Elle laisse l’autre face à un vide, face à un comportement incohérent, ambigu, flou. Et dans cette brume relationnelle, l’amour se décompose, doucement mais sûrement.

Marc ou l’art d’éviter le conflit en sacrifiant l’essentiel

Prenons le cas de Marc, un homme attachant, drôle, sociable. Il aime Élodie, sa compagne depuis un an, mais il aime aussi ses amis de toujours, son "clan", son repère masculin. Tous les vendredis soir, c’est sacré : match, champagne, pizza. Les samedis, souvent improvisés : barbecue, escapade, soirée jeux. Élodie, au début, trouvait ça charmant. Puis elle a commencé à se sentir seconde, optionnelle, comme un "bonus" de la semaine.

Elle a tenté d’en parler, calmement. Elle a dit son besoin d’avoir des moments à deux, de se sentir choisie. Marc, mal à l’aise, lui répondait toujours quelque chose comme : "Mais ils comptent pour moi… Je peux pas leur dire non, tu comprends."

Il ne voulait pas trancher. Il voulait plaire à tout le monde. Ne froisser personne. Ne pas être "le mec qui change quand il est en couple". Alors il contournait. Il minimisait. Il promettait qu’ils se rattraperaient. Et à force de ne pas choisir, il a fini par perdre.

Il n’a jamais dit "je ne veux pas être avec toi", mais il n’a jamais vraiment dit "je suis avec toi" non plus.

Ce type de comportement est l’expression d’une lâcheté douce, celle qui ne veut pas faire de vagues, mais qui laisse l’autre se noyer tout seul.

Le non-positionnement : une forme de violence relationnelle

On croit parfois que ne pas dire non, c’est faire preuve de souplesse ou de générosité. Mais quand cela se fait au détriment du lien, au détriment de l’autre, alors c’est une forme de maltraitance passive.

Car ne pas poser de limites, ne pas affirmer une priorité, ne pas nommer ce que l’on choisit… c’est laisser l’autre deviner, interpréter, s’épuiser dans l’attente d’un signe clair. C’est le condamner à faire l’effort de deux, pendant que nous gardons les pieds dans deux mondes opposés, espérant ne fâcher personne.

Mais le fait est que choisir, c’est affirmer. Et que ne pas choisir, c’est souvent abandonner sans le dire.

Comme le rappelle Christophe André (2019), “l’inaction est aussi une action”. Et en thérapie relationnelle, nous observons que les blessures les plus profondes ne viennent pas toujours d’actes de trahison visibles, mais de l’absence de position claire chez l’autre.

Ce que vit l’autre : désorientation, confusion, perte de soi

Dans cette configuration, Élodie, comme beaucoup de personnes, se retrouve prise dans un paradoxe émotionnel : “Il me dit qu’il tient à moi, mais ses actes montrent autre chose.” Cette dissonance crée une usure psychique.

Ce qu’elle vit alors, ce n’est pas juste de la frustration. C’est une expérience de disqualification intérieure :
– Est-ce que j’en demande trop ?
– Suis-je en train d’étouffer quelqu’un que j’aime ?
– Pourquoi ai-je besoin qu’on me choisisse ?

Et c’est là que la violence du non-positionnement opère : elle décentre l’autre de lui-même, le pousse à se remettre en question sans fin, à douter de sa légitimité à demander.

Dans le cas de Marc, ce n’est pas son amour qui est en cause, mais sa peur. Peur du conflit. Peur d’être jugé. Peur de perdre sa place dans son groupe d’amis. Cette peur devient alors le moteur de décisions prises en creux, de renoncements camouflés, de désengagements flous.

Mais ce que Marc ne voit pas, c’est qu’en n’osant pas dire non à ses amis, il dit non à Élodie sans le formuler et donc sans lui laisser la possibilité de comprendre, de poser des mots, d’agir.

Pourquoi cette forme de lâcheté est si destructrice ?

Parce qu’elle n’autorise pas l’autre à se positionner. Elle le prive d’un cadre clair, d’une direction, d’une sécurité. Elle laisse une porte entrouverte, mais sans jamais dire s’il peut entrer.

C’est comme tendre une main… sans jamais la saisir.

Et cela, comme le montre Marie Andersen (2015), est l’une des formes de violences relationnelles les plus délétères : “celles qui ne blessent pas frontalement, mais qui vident l’autre de sa capacité à croire en lui.”

Dans ces cas-là, le lien devient toxique non pas par hostilité, mais par évitement. Le non-choix devient une fuite permanente, et la relation, un champ de bataille invisible où personne ne gagne.

Oser dire non, c’est parfois la plus grande preuve d’amour

La véritable sortie de ce cycle ne passe pas par l’effacement de soi, ni par une soumission aux attentes extérieures. Dans le cas de Marc, cela passe par un acte de positionnement clair, même s’il est inconfortable, au moins à 3 niveaux : 

Dire à ses amis : “Je vous aime, mais ce soir j’ai besoin d’être avec elle.”
Dire à son partenaire : “J’ai du mal à choisir, mais je veux comprendre pourquoi.”
Dire à soi-même : “Je n’ai plus envie de fuir.”

Parce que dire non à une chose, c’est dire oui à une autre. C’est choisir le lien comme un lieu d’engagement et non comme un terrain de compromis flous.

Au final, la lâcheté douce de Marc n’avait rien de malveillant. Elle était un pli ancien, une peur d’enfant déguisée en homme accommodant. Mais cette peur, en restant muette, a blessé plus profondément qu’un "non" net. Car ce que l’on ne dit pas, l’autre le subit.

Respecter l’autre, c’est oser se positionner.
Même si cela nous coûte.
Même si cela nous expose.

Car dans une relation vivante, le silence ne protège jamais, il éloigne. Et la clarté, même maladroite, est toujours un acte d’amour.

De la fuite à la responsabilité : réapprendre à habiter le lien

Alors que faire, quand on réalise que l’on fuit ? Quand on prend conscience que le silence ou l’évitement blessent plus que les mots maladroits ?
Doit-on se juger ? Accuser ? Se replier encore plus ? Non.

Car la culpabilité ne guérit rien. Elle enferme, là où la conscience libère.

Il est temps de replacer la responsabilité relationnelle au centre de notre vie. Non pas comme une injonction à bien faire, mais comme un acte d’amour : envers soi, envers l’autre, envers le lien lui-même.

  •  Il ne s’agit pas d’être parfait. Il s’agit d’être présent.
  •  Il ne s’agit pas d’avoir toujours les bons mots. Il s’agit de ne pas disparaître / de ne pas être dans le déni.
  •  Il ne s’agit pas de ne pas avoir peur. Il s’agit d’oser dire, même en tremblant.

Dans mes accompagnements, je guide les personnes qui rencontrent cette ombre de la lâcheté à descendre en elles, à rencontrer la part qui fuit, celle qui a si souvent été effrayée, déçue, disqualifiée.
Cette part qui ne sait pas comment dire, comment rester, comment assumer.

Je les invite à lui parler. À la reconnaître. Et parfois, à poser un geste symbolique de réparation : écrire une lettre non envoyée, dire enfin ce qui n’a jamais pu être dit, envoyer un message sans attendre de réponse, mais avec vérité.

Car le courage ne surgit pas d’un élan héroïque. Il naît dans la faille.
Dans le battement fragile entre la peur d’être rejeté et le besoin d’exister vraiment.

Comme le disait Carl Jung :

Là où est l’ombre, là est aussi la lumière potentielle.”

Et parfois, un simple mot sincère suffit à rallumer cette lumière dans le regard de l’autre.

Guérir de la lâcheté : un chemin vers la fierté d’être en lien

Guérir de la lâcheté, ce n’est pas devenir fort.
C’est devenir vrai.
C’est apprendre à rester debout, même quand la peur revient frapper à la porte.
C’est pouvoir dire :
– Je suis désolé
– Mais je suis là.

C’est ce que j’appelle un acte de présence.

Et cette présence, elle se construit. Elle se tisse pas à pas, dans les liens que l’on choisit de ne plus fuir.

Comme le souligne Bruno Clavier (2014), les traumatismes familiaux se rejouent dans nos façons d’aimer et de quitter. Si mon père a fui les confrontations, si ma mère a été humiliée quand elle a exprimé ses besoins, il est probable que je porte encore ces empreintes en moi.
Mais nous ne sommes pas condamnés à répéter.

Il est possible de faire un pas de côté.
De changer le scénario.

Et cela commence souvent par un petit acte.
Un mot. Un regard assumé. Une vérité dite.
Même si la voix tremble.
Même si c’est maladroit.

L’important n’est pas de bien faire. C’est de ne plus disparaître / faire silence.

Conclusion

Non, la lâcheté n’est pas un vice. C’est une faille relationnelle, une peur d’enfant déguisée en stratégie d’adulte.

Mais cette faille peut devenir un passage initiatique. Elle peut devenir une porte vers un courage plus incarné, plus humble, plus ancré.

Oser rester. Oser dire. Oser affronter un regard, même quand on est perdu. Oser respecter l’autre, même quand on doute de soi.

C’est cela, le courage véritable. Pas celui des grandes batailles. Celui du quotidien, de l’intime, du lien qu’on choisit d’honorer même quand c’est difficile.

Et si tu sens que cette ombre te colle à la peau…
Si tu as du mal à dire, à rester, à expliquer…

Alors fais-toi accompagner. Pas pour être corrigé.
Mais pour grandir. Pour te libérer.
Pour honorer ceux que tu aimes.

Car dans ce monde fragmenté, la plus grande des résistances, c’est la présence.
Et parfois, rester en lien, c’est déjà un acte de révolution intérieure.

Bibliographie

Boris Cyrulnik (2001), Les vilains petits canards, Odile Jacob.

Carl Jung (1970), L’homme à la découverte de son âme, Albin Michel.

Serge Tisseron (2005), Les secrets de famille, PUF.

Marie Andersen (2015), Ces femmes qui pensent trop, Odile Jacob.

Paul Watzlawick (1988), La réalité de la réalité, Seuil.

Christophe André (2019), La peur, la fuir ou l’apprivoiser ?, Odile Jacob.

Bruno Clavier (2014), Les fantômes familiaux, Payot.

Isabelle Filliozat (1996), L’intelligence du cœur, Marabout.

Annie Ernaux (1997), La honte, Gallimard.

Albert Camus (1942), Le mythe de Sisyphe, Gallimard.

NeoSoi - Dr Céline BERCION - psychologue sociale et coach, initiatrice des grandes traversées de vie

36 avenue Roger Cohé
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